Carnet de Collette Braeckman

LA CONFERENCE INTERNATIONALE  SUR

LA GOUVERNANCE DES RESSOURCES NATURELLES COLLECTIVES

Des impressions de participants

Quand la base se mobilise pour mieux gérer les ressources naturelles ( carnet de Collette Braeckman, invitée à la Conférence)

La guerre au Kivu est-elle vraiment terminée ? A Bukavu, on en doute encore : des militaires font défection, des villages, selon la formule consacrée, «sont attaqués par des hommes en armes », la vie des femmes est toujours aussi dangereuse. La nature elle aussi a  payé à la guerre un lourd tribut. Le Mwami de Kabare, une importante autorité coutumière, nous le rappelle : «  plus de quinze millions d’arbres ont été coupés depuis l’irruption des réfugiés hutus en 1994… »

C’est parce que le climat change, que les forêts déboisées ne retiennent plus les pluies et que l’érosion dénude les collines que le Mwami de Kabare et son collègue de Ngweshe, mais aussi le gouverneur de la province, le ministre de l’environnement, plusieurs députés ont participé, durant trois jours, à une conférence sur « la gouvernance des ressources naturelles ». Alors que d’ordinaire, des réunions de ce type ont lieu à l’initiative des organisations internationales qui dictent l’ agenda et les résolutions finales, cette rencontre ci avait une allure différente. Avec un soutien de la coopération canadienne, ce sont deux organisations locales, la plateforme Diobass au Kivu et Adisco, une ONG burundaise, qui avaient pris l’initiative de rassembler, sur pied d’égalité, des paysans et des paysannes venus tout droit de leur village, des chercheurs et des scientifiques sortis d’universités africaines et européennes, des personnalités officielles et des membres de la société civile.  Au centre des communications et débats, un thème sensible : comment préserver les ressources naturelles en prônant la « bonne gouvernance ». Ce thème, vu d’ici, signifierait plutôt une autre gouvernance, c’est-à-dire la manière dont les communautés de base prennent en main les leviers de leur développement.

Car Adisco et Diobass sont à l’origine, au Burundi et au  Kivu, d’une initiative originale, les « comités de gouvernance des ressources naturelles ». Créés dans les villages, ces comités composés de volontaires, étudient les principaux problèmes qui se posent à leur environnement : l’érosion, les feux qui dévastent les boisements, les inondations, les problèmes fonciers, les séquelles de la guerre.

Après une journée consacrée aux communications des scientifiques, qui ont évoqué les efforts déployés pour sauvegarder les parcs naturels ou créer des «forêts modèles »,  les participants ont été emmenés sur le terrain et au retour ils ont croisé leurs impressions.

Revenus d’Ikoma, un village à plus de 2000 mètres d’altitude au dessus de Bukavu, les paysans burundais n’en revenaient pas : « ces gens vont mourir, ils n’ont pas de petit bétail, pas d’engrais naturel, la terre est nue… » Et de suggérer, comme au Burundi, de s’employer au plus tôt à planter des arbres, pour effacer les séquelles de la guerre…

A Nyangezi par contre, c’est avec fierté que les paysans congolais ont attiré leurs hôtes le long du marais de Kanyantende : durant sept ans, à cause de la guerre, la zone avait été désertée. Lorsque la sécurité fut rétablie après la réhabilitation du camp militaire, les villageois découvrirent que le marais était en friche. La terre cultivable se faisant rare dans la région, ils se cotisèrent à raison de 5 dollars par famille et décidèrent de drainer les bas fonds qui leur avaient été attribués par l’autorité coutumière. Les chefs de 13 localités furent impliqués dans l’opération et lors du lancement de l’opération,  les graines furent solennellement bénies. Aujourd’hui mis en culture par 2242 familles, le marais produit du sorgho, du maïs, du haricot,  une partie servant à l’alimentation familiale, l’autre étant vendue au marché. Un entrepôt de stockage des surplus a pu être construit au cœur de Nyangezi.

Cheminer le long d’un marais, observer de près un boisement,  regarder les traces de l’érosion,  écouter la femme qui porte un panier plus lourd qu’elle ou un garçon qui demande qu’on lui offre une machette neuve, analyser les résultats que donne l’association de diverses cultures, voilà un exercice pratique qui offre d’autres perspectives que discourir dans le salon d’un hôtel ! C’est pour cela que, rentrés du terrain, les participants se sont pliés de bonne grâce aux méthodes de travail qu’on leur proposait, se réunir en ateliers, mettre en commun les observations, les suggestions et les desiderata.

Il est apparu qu’en ces lendemains de guerre, au Burundi et au Sud Kivu, la base paysanne de la population était loin d’avoir jeté l’éponge, qu’elle demeurait mobilisée via de nombreuses associations, ne craignant pas d’interpeller l’autorité ou de lui faire des suggestions.

Lendemain d’élections controversées ou réel désir de se mettre à l’écoute de la base ? Toujours est il que le gouverneur du Sud Kivu, Marcellin Cishambo, ne manqua pas une seule des trois journées, suivant attentivement les travaux et plaidant, dès qu’il en avait l’occasion, pour le rétablissement de l’autorité de l’Etat, seul capable de garantir le développement de tous. Il plaida aussi pour la politique de grands travaux impulsée par Kinshasa, expliquant pourquoi il avait été obligé de faire abattre toutes les maisons obstruant illégalement la route menant à Uvira alors que les engins de chantier ont commencé à se positionner.

Dialogue entre les chercheurs et les paysans, entre la société civile et le pouvoir, volonté commune de défendre les ressources naturelles et un environnement menacé : cette conférence a démontré qu’au Burundi et au Sud Kivu de miques sont en train de s’ébaucher.

Le gouverneur du Sud Kivu, Marcellin Cishambo, ne manqua pas une seule des trois journées, suivant attentivement les travaux et plaidant, dès qu’il en avait l’occasion, pour le rétablissement de l’autorité de l’Etat, seul capable de garantir le développement de tous. Il plaida aussi pour la politique de grands travaux impulsée par Kinshasa, expliquant pourquoi il avait été obligé de faire abattre toutes les maisons obstruant illégalement la route nationale n° 2 alors que les engins de chantier ont commencé à se positionner.

Dialogue entre les chercheurs et les paysans, entre la société civile et le pouvoir, volonté commune de défendre les ressources naturelles et un environnement menacé : une telle  conférence a démontré qu’au Burundi et au Sud Kivu de nouvelles dynamiques sont en train de s’ébaucher.